L'autre nation
Le nouveau chef des libéraux fédéraux cherche, déclare-t-il, des appuis dans «l’autre nation», ici, au Québec. En passant, un fait, cette autre nation que Michael Ignatieff reconnaît très volontiers, se disant avec Shakespeare: «What's in a name!»
Une futile quête désormais pour le ruskoff de noble extraction, de descendance aristocratique, aux allures de prof chic sauce USA-Harvard. Il ignore la réalité, ce chef d’Ottawa-la-rouge avec ses succursales. Pour battre un jour les conservateurs de Harper, le vote québécois n’est plus du tout essentiel. Les Canadians d’un océan à l’autre sont désormais très majoritaires.
Hélas, Michael Ignatieff ne saisit pas (ou feint la chose) qu’il n’y a plus aucun intérêt pour les Canadians de nous avoir au fond de leurs gros bras, proche de leur grand et gros cœur saignant bien rouge. Allons, un grain de lucidité, ceux qui demeurent fédéralistes. Wake up!
La grande pêche aux votes du Québec, c’est un leurre. Une farce. Une feinte. Du temps perdu. Des mots en l’air pour causeries en médias. Il faut être (ou bien jouer à être) les profonds ignares mimant l’innocence. Des hypocrites.
Nous ne compterons, très bientôt, que pour des pinottes dans cette confédération fondée avec défi, à l’époque, pour tenir ensemble les deux races fondatrices. 1867. Du temps a passé. Beaucoup.
Le Canada devient, et rapidement, un pays anglais, rempli à ras bord d’anglophones. C’est très correct. Alors, on ouvre les yeux les sentimentaux? Voyez la vaste, l’immense vague d’émigration, toute pro-anglo, à Toronto comme à Vancouver et combinez à cela à la faible natalité québécoise. Cric, crac, croc!
Nous formons, le Québec, déjà, oui, déjà, une pauvre petite minorité. Partant sans vrai pouvoir aux Communes. Jusqu’ici, nous portions des masques de carnaval et faisions «beuh! bouh!» Une Halloween qui ne pognera plus! Nous ne ferons pas peur encore bien longtemps et les Canadians vont se réveiller, de Vancouver à Halifax.
Ce vieux et ancien chantage, même à la sauce Duceppe, dont nous accusait le Trudeau va s’achever sous peu. Vous allez voir. Nous serons impuissants aux Communes, sans poids, sans réel pouvoir aucun, dans peu d’années.
Interrogez n’importe quel démographe neutre là-dessus. Regardez bien ça: nous étions à peu près 50-50 en 1867. Cela a fondu et ça continue sans cesse. Un jour, nous serons 18%, puis 15%, puis… Un groupuscule linguistique vain. Et encombrant pour Ottawa. Ce 85%, ou davantage encore, de Canadians à chaque prise de vote en chambre pour une question pouvant nous nuire, nous dira tout à fait démocratiquement: «Kwaybec, please shut up!» Eh oui: «Respect democracy and keep quiet!»
Et Michel Ignatieff ne pourra plus activer sa mascarade d’un «besoin de nos votes». Mais, attention, réunie, nullement séparée, au contraire rassemblée, notre nation unie, votant démocratiquement bleu ou rouge ou vert, centre ou gauche ou droite. Nous formons sachons-le mieux, une fameuse, une merveilleuse, une utile majorité. Oui, nous sommes une nation majoritaire ici, ne l’oublions jamais. Nous avons la chance d’être plus de 80% des citoyens ici.
Alors, que le chef libéral pro-nation-québécoise en prenne donc bonne note, évite le farcesque pèlerinage aux toutes prochaines élections fédérales. Aubaine d’une économie pour son pauvre parti, l’évitement d’un vain gaspillage. Logiques, on s’abstiendra de voter. Pas du tout maso! Car attendez une décennie, pas même deux, ce sera bouclé, réglé et le Canada libre pourra enfin élire à sa totale convenance le paquet de députés qu’il voudra, bleus ou rouges, avec un zeste de socialistes-caviar, plus quelques écolos bien verts. M’sieur Ignatieff fait l’innocent en feignant vouloir nous captiver, nous séduire, nous faire oublier le parti des voleurs-à-commandites.
Il y a pire! Qui veut du statut de maigre petite minorité appelée forcément à se faire batte à n’importe quel vote anti-Québec à Ottawa? Personne de censé... Et puis enfin, qui veut d’un type déclarant qu’un intello peut bien proférer des idées fausses ou futiles, cela le 5 août 2007, pas en 1980? D’un type qui, en 2003, appuie l’envoi de la mort à Baghdad par Bush? Qui, dans le Prospect de 2006, déplore: «On simplifie trop la question de la torture»? Qui, avant de jouer le néo-pitre fédéral-libéral et quitter sa sinécure étatsunienne, avant ses rédactions dandyesques à Londres, avant de renter dans sa patrie, appuyait le mondialement provocant bouclier antimissiles de Bush?
Cette nouvelle girouette qui lorgne le domaine rénové du westerner Harper, mérite d’être nommé «Ignaretieff», je le pense.