L'Outremontais Samuel Martin enseigne le cinéma d'animation à Ouagadougou. (Photo: Courtoisie)
De la rue Bloomfield à Ouagadougou
On l'appelle «monsieur» ou bien «professeur» et ça le fait un peu rire, car au début, il était «Sam» pour tous les élèves. Samuel Martin est à Ouagadougou depuis octobre dernier pour donner une formation en cinéma d'animation à des étudiants burkinabè et réaliser un documentaire.
C'est sans doute un signe que ses cours sont appréciés: on le tutoyait comme un ami, désormais, on le vouvoie. «C'est un peu déroutant pour moi», s'étonne l'apprenti-cinéaste.
Étudiant de 27 ans en dernière année de baccalauréat en cinéma d'animation, Samuel Martin est reparti, cette année, sur les traces d'un premier voyage effectué en 2007 avec sa classe de l'université Concordia. Il y donne des cours d'animation à des apprentis-cinéastes burkinabè.
Dans cette ville où l'architecture «ressemble à un mélange entre un film sur la préhistoire et les vaisseaux spatiaux de Star Trek», il a découvert une culture nouvelle. «Le paysage, les sons, les conversations, les goûts sont intensément différents, note-t-il. Si on survit la première semaine, on est bon pour un mois. Si on survit le premier mois, on est bon pour un an!»
Venu pour assister au plus grand festival de cinéma panafricain, le Fespaco, Samuel Martin a aussi aidé à la postproduction du film d'un jeune cinéaste, dans les locaux des studios Imagine, dirigé par Gaston Kaboré, «un cinéaste légendaire, dont les films sont disponibles à la Boîte noire», précise-t-il pour replacer les choses dans le contexte montréalais.
En plus de ses ateliers d'animation, il réalise un film sur une télévision communautaire de la ville de Koudougou. «Cette télé réalise des documentaires sur les villages de la province de Koudougou (le Boulkiemdé) et va périodiquement en brousse pour diffuser ces films à l'aide d'un écran et d'un projecteur portable avec des camions, un système de son, etc.», explique-t-il. L'intérêt est de faire circuler toutes sortes d'informations d'un village à l'autre: techniques agricoles, santé, sécurité et alimentation, excision...
Différences culturelles
L'aspect social n'échappe donc pas à l'œil de l'apprenti-cinéaste. «Mon séjour m'inspire définitivement un peu de colère devant l'injustice du partage des ressources sur la planète.» Il raconte toutefois sur son blog qu'il évite, à son arrivée, de prendre des photos pour ne pas être étiquetté comme touriste et ne pas devoir payer trop cher les denrées alimentaires.
Clin d'œil aux différences culturelles, ce dessin, croqué par Samuel Martin, montrant deux policiers se donnant la main. «Se tenir la main est signe de camaraderie et de rien d'autre. Il n'est pas rare de voir des hommes de tous âges, même les beaux grands jeunes policiers anti-émeute, déambuler ainsi», raconte-t-il.
Son séjour prend fin le 15 mars, mais auparavant, il aura l'occasion, lors du festival Fespaco, de présenter un film d'animation qu'il avait réalisé lors de son séjour il y a deux ans. Il repartira avec la satisfaction d'avoir appris des techniques d'animation à son groupe d'élèves et l'espoir de pouvoir réaliser d'autres projets ayant un rapport avec ce continent qui le fascine.
Le Burkina Faso va-t-il lui manquer? «J'imagine que je vais saluer un peu trop les étrangers dans la rue pendant la première semaine, mais ça devrait se ranger assez vite en revenant à la réalité nord-américaine. Je vais trouver que nos fruits, nos légumes et nos viandes n'ont vraiment pas de goût et pas d'allure», plaisante-t-il.
Dès cet été, il quittera à nouveau son Québec natal. Pour l'Australie, cette fois, afin d'y suivre sa femme qui va y achever un doctorat en anthropologie.