Jean-François Rivest dirige encore avec passion l'Orchestre de l'Université de Montréal, 15 ans après l'avoir fondé. (Photo: Éric Carrière)
Quinze ans de classique
L’Orchestre de l’Université de Montréal a 15 ans. «Un anniversaire, il ne faut pas s’énerver avec ça, insiste le chef et fondateur, Jean-François Rivest. Mais ça donne l’occasion de faire le point.»
Violoniste de métier, il a commencé à enseigner son instrument à la Faculté de musique de l’Université de Montréal en 1992. Il venait de passer sept ans au Saguenay à former de jeunes musiciens et avait auparavant joué parmi les premiers violons de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) durant cinq ans.
«On m’a engagé pour monter le secteurs des cordes qui était très petit, se rappelle M. Rivest. Il n’y avait pas beaucoup de bois ni de cuivres. En fait, la faculté n’était pas réputée pour ses instruments d’orchestre.»
C’est avec l’objectif de donner aux étudiants une expérience concrète de jeu, une «plate-forme nécessaire pour apprendre ce métier», comme il le dit, qu’il fonde l’Orchestre de l'Université de Montréal (OUM), en 1993. «L’enseignement d’un instrument s’inscrit dans son apport à un orchestre, explique-t-il. Bien sûr, il y aura quelques étudiants qui réussiront à devenir solistes, mais la plupart évolueront au sein d’un orchestre.»
Au départ, l’orchestre se résumait à une quinzaine de violons. Les possibilités de pièces étaient limitées. «On jouait les Quatre saisons de Vivaldi», lance le fondateur, pour imager la situation.
Cinq ans plus tard, 55 étudiants s’alignaient sur la scène de la salle Claude-Champagne, la dimension typique d’un orchestre de second ordre. Plus les années avançaient, plus l’ensemble s’améliorait, le chef compris, et plus le répertoire se complexifiait.
«Je leur propose des montagnes à grimper, explique Jean-François Rivest. Plus tu es jeune, plus tu as besoin d’une forte stimulation. Mon but est qu’après chaque concert, ils se soient dépassés et récoltent un succès public, parce qu’après tout, la valorisation est à la base de l’évolution.»
À force de persévérance, l’OUM aligne aujourd’hui plus de 80 musiciens. Ses deux auditions annuelles sont courues par les étudiants de la faculté. Depuis plus de cinq ans, il occupe une position très enviable dans le paysage étudiant canadien. Jean-François Rivest, qui est aussi chef en résidence de l'OSM depuis 2006, évalue son orchestre comme l’un des trois meilleurs grands orchestres universitaires, avec ceux de l’Université McGill et de l’Université de Toronto.
En plus d’avoir développé la notoriété de l’OUM, M. Rivest a atteint l’objectif qu’il s’était fixé en 1993: permettre à des étudiants de devenir de bons musiciens d’orchestre. «Je voyage partout au Canada pour jouer et je vois, dans presque tous les orchestres du pays, des anciens de l’OUM.»
Il a peut-être atteint son objectif initial, mais celui-ci se renouvelle chaque année. En effet, chaque automne, 40% des musiciens changent.
Ce continuel recommencement plaît à Jean-François Rivest, qui ne compte pas l’abandonner de sitôt. «J’aime travailler avec les jeunes. C’est égoïste dans la vie de faire plein de choses sans transmettre ce qu’on en a appris. Promouvoir la tradition nous permet d’avoir une base solide pour évoluer. C’est ça la culture!»
Spectacle 15e anniversaire
La troupe de Jean-François Rivest vient tout juste de terminer la réalisation la plus mobilisatrice de l'année scolaire: l’opéra. Dans la première semaine de mars, l’OUM a présenté Don Giovanni de Mozart, mis en scène par Benoît Brière.
Loin de s’asseoir sur le travail accompli, l’OUM se lance dans la préparation du spectacle 15e anniversaire qui se tiendra le samedi 4 avril, à la salle Claude-Champagne. Sous le thème «Passion, humanité et spiritualité», Jean-François Rivest se paie un cadeau d’anniversaire en alliant d’une façon tout à fait originale les œuvres de Bach, de Wagner et de Chostakovitch.
«Je suis amoureux de musiques qui ont une portée émotionnelle et humaine lourde, explique le chef. Ce programme est l’équivalent d’un steak comme entrée, d'un steak comme repas principal et d'un steak comme dessert.»
Malgré qu’il soit un homme joyeux et amoureux de plein air, il entretient un penchant notable pour les chansons tristes. «Je crois qu’on a un devoir d’empathie envers ceux qui sont tristes et l’expriment en musique. Crier les malheurs du peuple russe sous Staline, comme l’a fait Chostakovitch, c’est crier les malheurs de toute l’humanité», exprime M. Rivest.
Ce spectacle 15e anniversaire se veut donc un hommage autant à la jeunesse qu’à la musique et à la complexité émotionnelle de l’homme. «Ce sera touchant, assurément», de conclure Jean-François Rivest.
(Photo: Éric Carrière)