Les mémoires déposés dans le cadre des consultations entourant le changement de zonage du 1420, avenue Mont-Royal Ouest, sont majoritairement opposés à la privatisation de cet ancien couvent appartenant à l'Université de Montréal. (Photo: Archives)
Une grande majorité d'opposants
1420 Mont-Royal: dépôt des mémoires
Le dépôt des mémoires sur le projet de changement de zonage du 1420, avenue du Mont-Royal Ouest, s'est déroulé du 9 au 11 mars dernier. En tout, 37 documents ont été portés à l'attention de l'Office de consultation publique de Montréal. Près d'une trentaine de mémoires expriment clairement l'opposition au projet de leurs signataires, plusieurs étant l'œuvre de membres de la communauté universitaire.
Les professeurs Michel Seymour et Daniel Turp de l'Université de Montréal s'opposent à «une démarche de privatisation du flanc Nord de la montagne». C'est ce qu'ils perçoivent dans l'éventuelle vente de l'ancien couvent des Sœurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie par leur université au promoteur Construction Frank Catania, qui souhaite en faire un immeuble à condominiums de luxe.
MM. Seymour et Turp craignent que cette transaction ne soit un prélude à la mise en vente du pavillon de la Faculté de musique, qui comprend la salle Claude-Champagne. Une crainte partagée par le Syndicat des professeurs et professeures de l’Université de Montréal.
La citoyenne Andrée Fortin abonde dans le même sens. Elle soutient qu'«une telle transaction, qui vise l’installation de luxueuses unités de condos, marquerait un précédent et annoncerait que la conquête et l’appropriation du Mont-Royal est désormais possible pour quiconque est prêt à monnayer cette acquisition. La privatisation progressive du Mont-Royal ne représente pas autre chose qu’une immense perte collective.»
Professeur émérite en architecture et en urbanisme à l'Université de Montréal, Jean-Claude Marsan refuse d'accepter l'argument selon lequel son université ne peut assurer seule la préservation du patrimoine collectif. Rappelons que c'est à cause des coûts trop élevés de mise aux normes du bâtiment que l'université tente de s'en départir.
«Qu’est-ce qui distingue alors une université d’une entreprise ordinaire de production de biens et de services? […] Si elle ne se sent pas concernée par le patrimoine collectif, comment espérer que les autres acteurs sociaux s’en préoccuperont?», questionne M. Marsan, par écrit.
Il poursuit son questionnement: «N’est-il pas incongru qu’à Montréal ce soient les institutions anglophones qui prennent en charge le patrimoine identitaire des francophones?», faisant référence au Collège Dawson qui occupe l’ancienne maison-mère des religieuses de la Congrégation Notre-Dame et à l’Université Concordia qui s’approprie maintenant le couvent des Sœurs Grises.
De nouvelles solutions
Guy Marchand, docteur en musicologie de l'Université de Montréal, interpelle directement la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, au sujet des coûts trop élevés de mise aux normes du bâtiment. Il l'implore de refuser le changement de vocation pour que l'université prenne le temps d'envisager des moyens de subventionner les travaux qui n'existaient pas au moment où fut prise la décision de vendre l’édifice au privé. Il évoque «la possibilité d'obtenir les millions manquant pour la rénovation du Mont-Jésus-Marie […] dans le cadre des nouveaux programmes de rénovations d’infrastructures dans lequel le gouvernement fédéral s’apprête à investir plusieurs milliards de dollars.»
La Ville de Montréal n'est pas à l'abri des critiques conscrites dans les mémoires. Le parti municipal Projet Montréal dénonce l'attitude de l'administration municipale face au patrimoine bâti.
«Depuis quelques années, Projet Montréal note une dérive en matière d’urbanisme à Montréal, rapporte le mémoire. Selon nous, la Ville et les arrondissements renoncent trop volontiers à leurs prérogatives en matière d’urbanisme et d’aménagement urbain face à des promoteurs puissants, publics ou privés.»
Pour le citoyen Marc Renaud, c'est tout le processus de consultation qui devrait être mis en doute. «Un référendum populaire pourra être tenu sur les détails de ce plan [NDLR: le plan de transformation du bâtiment par le promoteur], mais pas sur le changement de vocation. Bref, tout semble joué d’avance», déplore-t-il.
Des appuis
Sept mémoires expriment clairement leur appui au projet de transformation en condos de luxe, dont ceux de l'organisme Les Amis de la montagne, de HEC Montréal et de la Chambre de commerce de Montréal.
D'entrée de jeu, le directeur des politiques d'Héritage Montréal, Dinu Bumbaru, affirme s'être concentré sur ce qui est l'objet de la consultation publique: le projet présenté par le promoteur. «Ce n'est pas un tribunal pour juger les décisions de l'Université de Montréal», plaide-t-il.
Il reconnaît toutefois qu'il aurait été intéressant de tenir des discussions sur les orientations du bâtiment au moment où l'université a exprimé le souhait de s'en départir. «On a l'impression qu'on discute sur un fait accompli», lance-t-il.
Pour ce qui est du projet en tant que tel, Héritage Montréal, qui s'intéresse au patrimoine bâti, l'appuie. Dinu Bumbaru souligne son caractère novateur, notamment au plan de la conservation de la chapelle. «Le promoteur s'intéresse à l'intérieur du bâtiment, ce qui est très rare. Trop souvent les intérieurs sont massacrés», rapporte-t-il.
Son organisme a aussi transmis des propositions dans le mémoire déposé. La première est que les contraintes de préservation du patrimoine extérieur et intérieur soient attachées au bâtiment, alors qu'elles ne sont qu'actuellement imposées au promoteur actuel. Résultat: s'il y a vente, l'acheteur ne serait pas dans l'obligation de respecter les servitudes. La seconde est que la chapelle doit, selon Héritage Montréal, rester publique.