États d'Âmes d'un compositeur
Alain Payette compose de la musique classique depuis 40 ans. Sans subvention, il souhaite toucher un public large et honnit une musique contemporaine qui cherche à tout prix l'originalité. Il veut faire ressentir les émotions qui le traversent. Vendredi soir, il lançait un album de pièces pour violoncelle et piano.
Dans une maison particulière située au coin de Saint-Urbain et Saint-Joseph, habituée à ouvrir ses portes à des concerts classiques de musique de chambre, l'assistance se presse autour des petits fours et verres de vin. Un salon double à porte battantes, musiciens et instruments d'un côté, public de l'autre. «L'endroit est idéal pour des concerts de ce type», s'extasie un observateur, visiblement habitué des lieux.
Avant d'entamer le concert, Alain Payette rappelle son credo avec conviction. «Je veux avant tout rejoindre les gens, laisse-t-il tomber. Mon mot clé, c'est l'émotion». L'intrigue de la voix et Chaude mélodie sont parmi les pièces enregistrées sur l'album tiré à 500 exemplaires. «Il s'agit de la quasi-totalité des pièces que j'ai écrites pour piano et violoncelle», informe le compositeur, visiblement satisfait du travail accompli.
Mis à part une ou deux dames dissipées, on écoute avec le respect d'un public conquis d'avance. «Je ne sais pas quoi dire sur cette musique, mais elle me fait ressentir une émotion très précise, je n'arrive pas à dire laquelle», analyse une femme après le dernier morceau.
Aussi accompagné de son fils Jules, jeune saxophoniste en souliers de sports, Alain Payette est ici au milieu d'amis. Il veut les aller saluer et s'inquiète de la durée de l'entrevue qui sera de toute façon interrompue par une dame aux accents de groupie. Elle offre au compositeur des bonbons et «quelques bricoles», dans un paquet décoré avec soin.
Paradoxe de sa position
Alain Payette ne renie pas cette petite gloire, reconnaissant envers ces gens qui le suivent depuis des années. «Je n'ai jamais été subventionné, j'ai déjà fait des demandes de bourses mais je n'ai jamais rien reçu», lance-t-il, un peu révolté contre «ces compositeurs contemporains qui font une musique qui ne vient de nulle part et ne va nulle part», prenant pour exemple tel concert dans lequel le guitariste n'a, à aucun moment, touché les cordes de son instrument. Pour lui, «la musique doit appartenir aux gens. Je m'inspire des rencontres, des gens qui m'aident à mieux me connaître».
Il assume le paradoxe de sa position. «Dans le milieu classique, on me considère presque comme populaire, et dans le milieu populaire, comme un classique», remarque-t-il.
Son violoncelliste Donald Pistolesi, qui fut membre de l’orchestre des Grands Ballets Canadiens pendant vingt-huit ans, le soutient de son professionnalisme. «Lorsque je suis interprète, je ne me fais pas juge, même s'il y a des choses que j'aime mieux que d'autres», explique M. Pistolesi.
Au rythme d'une dizaine de concerts par an, Alain Payette distille une musique qu'il définit selon son tempérament: «romantique, avec des influences impressionnistes et d'harmonie jazz». Il continuera, quoi qu'en pensent les tenants de l'originalité-à-tout-prix, à composer concertos, symphonies, et beaucoup de musique de chambre. Accessibles à toutes les oreilles.
États d'Âmes, d'Alain Payette. Renseignements au 514 274-9069 pour connaître les points de vente.