Prolongement de la piste cyclable via l'avenue Vincent-d'Indy
Un texte de Paul Gendreau, citoyen d'Outremont
En tant que résident d'Outremont, mais aussi en tant que cycliste, j'ai assisté le 17 juin dernier à la rencontre d'information sur le nouveau tronçon de piste cyclable qui prolongera vers l'Ouest l'actuelle et toute récente piste de la Côte-Ste-Catherine. Il est donc question ici d'un court prolongement de quelque 250 mètres qui permettra aux usagers de rejoindre le boulevard Édouard-Montpetit (et vice-versa). La mairesse d'Outremont, Madame Cinq-Mars a certifié que les travaux seront prêts avant la rentrée scolaire de la fin d'août.
Le bon et le moins bon
Il y a du bon et du moins bon dans cette histoire de prolongement. Le bon, est que tout prolongement de piste cyclable est un pas, un roulement devrai-je dire, dans la bonne direction.
Et très bientôt à ce qu'il parait, les cyclistes pourront également bénéficier d'une piste le long du boulevard Édouard-Montpetit. Ce prolongement vers l'Université de Montréal est tout à fait judicieux étant donné le nombre important de cyclistes qui pourront l'utiliser. Et le prolongement de la piste jusqu'à l'avenue Decelles, voire Côtes-des-Neiges, comblera du moins partiellement, un vide important dans cette partie du territoire montréalais; les pistes cyclables sont en effet rarissimes dans le centre-ouest de la ville.
Le moins bon est que contrairement à la piste actuelle sur Côte-Ste Catherine, qui est une piste séparée de la circulation par un remblai, la portion sur Vincent d'Indy consistera en deux couloirs, un de chaque côté de la rue. Ces couloirs seront situés entre les voitures en stationnement et le flot de la circulation habituelle. Il est probable que le même principe soit appliqué subséquemment sur le boulevard Édouard-Montpetit. Bien que ceci soit nettement une amélioration à la situation actuelle (c'est-à-dire aucune piste) et se situe bien au-delà du concept de "voie partagée". Cette autre piste serpente quelques rues de notre arrondissement de manière plutôt incohérente et consiste à quelques marquages effacés sur la chaussée et quelques panneaux annonçant le pseudo-partage auto-vélo.
Le droit à la route
Cette décision de faire deux corridors est nettement un pas en arrière en termes de sécurité en comparaison de la très agréable et très fonctionnelle portion sur Côte Ste-Catherine.
Tout simplement parce que les cyclistes devront parfois continuer à se battre pour obtenir leur "droit" sur la route; ils seront pris en sandwich entre le chapelet de voitures stationnées le long de la piste et le flot de la circulation.
Les responsables du projet ont assuré qu'il y aurait un espace suffisant entre la voiture stationnée et les couloirs cyclables. Si on se fit aux actuelles pistes de ce type, sur la rue St-Urbain par exemple, je peux vous affirmer que ces couloirs ne protègent pas beaucoup contre les portières qui s'ouvrent. Seules les petites automobiles aux petites portières et qui sont stationnées pas trop loin du trottoir ne constituent pas une menace. Et pour se protéger des tonnes d'acier qui roulent souvent à plus de 50 km/h, il faut être un peu kamikaze pour préférer une mince ligne blanche à un remblai de ciment, n'est-ce pas?
La sécurité piétonnière et la sécurité des… défunts
Le point majeur à l'ordre du jour était la notion de sécurité piétonnière, plus particulièrement le besoin de rendre sécuritaire les allées et venues des enfants fréquentant l'École St-Germain.
Il est vrai qu'il n'est pas rare qu'un cycliste emprunte le trottoir, ne respecte pas les feux de circulation ou les arrêts, ou encore va un peu trop vite, compromettant ainsi les écoliers et les piétons qui traversent aux intersections. Plusieurs parents inquiets sont donc venus assister à la rencontre, afin de s'assurer que l'avenue Vincent d'Indy ne devienne pas un endroit périlleux pour leurs enfants. Il semble donc que des moyens seront mis en place pour ralentir les cyclistes, incluant des sections de pistes qui inciteront les cyclistes à ralentir et à accroître leur vigilance. Une campagne de sensibilisation auprès des universitaires a été proposée également. Ce sont d'excellentes stratégies pour diminuer le risque d'accident.
Quelques responsables de l'église St-Germain, on les appelle des marguillers, étaient également présents, mais ici pour s'assurer que la piste cyclable et ses usagers ne viendront pas perturber les entrées et sorties des… cortèges funéraires. Ce que j'ai crû comprendre, c'est qu'un signe – une rosace semblable à celle de l'église – sera affiché sur la chaussée pour que les cyclistes respectent les défunts et les cortèges. La mairesse Cinq-Mars était particulièrement fière de ce coup en ce temps de préparation électorale. Respectons l'inquiétude des marguillers. En effet, protéger les morts est une question… vitale.
De la cyclophobie
Je me permets d'être sarcastique ici parce que parmi la vingtaine de participants, il n'y avait apparemment que deux cyclistes invétérés dans la salle; ma voisine et moi.
Par "cycliste invétéré", j'entends une personne qui utilise son vélo à des fins de transport et non uniquement à des fins récréatives. Le reste du groupe était formé de conseillers et ingénieurs de la ville, de parents d'enfants inscrits à l'École St-Germain, de résidents du coin, des marguilliers, et de quelques politiciens en quête de capital politique.
Ainsi, alors que ma voisine et moi pensions que le prolongement de cette merveilleuse piste cyclable serait perçu d'un bon œil, nous avons vite constaté que nous n'étions pas dans un endroit très "cyclophile". J'ai réalisé que les cyclistes constituent aux yeux de plusieurs une nuisance publique. J'ai eu un malaise à constater que pour certains, les cyclistes prennent de la place dans les rues, mettent en danger la vie des piétons, et que les pistes enlèvent des places de stationnement. Certains se sont inquiétés de voir la rue Vincent d'Indy se transformer en piste de roller-derby ou encore en Chine des années soixante, avec 10 vélos au mètre cube; on a même demandé au commandant en chef du poste de police d'Outremont si on pouvait cibler les cyclistes excédant la vitesse permise de 30 km/heure.
Attention! Radar à vélos…
Il est effectivement possible d'utiliser le radar pour vérifier la vitesse d'un cycliste (on le fait au baseball pour mesurer la vitesse des lancers). Plusieurs ont réclamé que des agents soient régulièrement postés à des endroits stratégiques afin de distribuer des contraventions aux cyclistes ne respectant pas le code de la route.
Cet automne, les cyclistes empruntant ce tronçon devront donc être vigilants et respecter le code de la route, à défaut de quoi ils risqueront de recevoir non seulement une contravention salée, mais également des points de démérite sur leur permis de conduire (ou sur leur futur permis s'ils n'en ont pas). Cette politique de répression a été chaudement appuyée par un de "nos" candidats défaits aux dernières élections fédérales. Disons que je ne voterai pas pour lui lors de la prochaine élection.
Le vélo et le code de la route
Le fond du problème est qu'un vélo n'est pas une voiture, mais que tout cycliste doit respecter des règlements qui sont majoritairement établis pour les automobilistes (Code de la route).
En fait, l'adoption pure et simple de l'actuel Code de la route est pour un cycliste, un quasi-suicide. Se tenir dans la voie de gauche d'une artère à grande circulation afin de tourner à gauche, en signalant d'un bras et en tenant le guidon de l'autre, tout en essayant de maintenir une vitesse suffisante pour ne pas se faire emboutir par les voitures venant de l'arrière, devrait être considéré comme un sport encore plus extrême que l'escalade ou le bungee !
Le gouvernement a tout intérêt à revoir ce Code de la route afin de proposer des "accommodements raisonnables" qui soient cohérents avec la réalité du cyclisme. Car un cycliste doit se comporter à la fois comme s'il était au volant d'une voiture et à la fois comme s'il était un piéton. Un bel exemple de cette situation schizophrénique est justement sur le coin de Vincent d'Indy et Côte Ste-Catherine. Le cycliste qui arrive en provenance de l'Est doit présentement débarquer de son vélo ou embarquer carrément sur le trottoir pour activer le signal qui lui permettra de traverser Vincent-D'Indy. Sans cette procédure, la lumière n'est jamais verte, sinon pour donner priorité aux voitures qui tournent à gauche. En activant le mécanisme, on obtient le droit de passage, mais il s'agit là d'un signal pour les piétons, non pour les cyclistes. Soit qu'il faut modifier la signalisation, soit qu'il faut modifier les règlements. Je pense que les deux sont nécessaires.
Accommodements cyclistes raisonnables recherchés
Une piste se doit d'être fonctionnelle et conviviale si on veut encourager les cyclistes à l'emprunter. Utiliser le vélo est un geste non seulement écologique, mais également économique. On laissera la voiture à la maison, si le trajet est plaisant, s'il est sécuritaire et s'il est direct et pratique.
Le tronçon de la piste sur Côte Ste-Catherine est un modèle de réalisation, pour les raisons que j'ai mentionnées précédemment, mais aussi parce qu'il y a nombre très restreint d'intersections. Pour parfaire cette piste, il ne resterait qu'à permettre aux cyclistes de continuer aux feux rouges aux endroits où il n'y a pas d'intersection (par exemple, à l'intersection de Stuart ou encore de l'avenue Laurier). Ceci, bien entendu, après avoir laissé la priorité aux piétons. Voilà à mon avis, un accommodement raisonnable. La ville de l'avenir est celle où les piétons auront la priorité sur les cyclistes et les automobilistes, et les cyclistes sur les automobilistes; c'est ainsi en théorie, mais pas en pratique.
Le besoin de contrôler certains cyclistes qui se refusent d'arrêter ou même de ralentir à une intersection dangereuse est bien réel. Mais de là à adopter uniquement des mesures punitives est à mon avis inopportun et très peu stratégique. Si nous décidons de donner des contraventions aux cyclistes et aux piétons parce qu'ils dérogent au code de la route, mais que nous laissons les automobilistes rouler à 60 km/h dans des zones de 40 km/h, se stationner en double, parler au téléphone cellulaire au volant, ou encore manquer de courtoisie aux cyclistes ou aux piétons, il y a clairement une erreur de jugement.
Un mode de transport écologique
Pourquoi s'attaquer à ceux qui demeurent les plus vulnérables aux accidents mortels? Le vélo est-il aussi dangereux qu'une voiture? Combien de piétons ont-ils été frappés par des cyclistes? Et combien par des voitures? Et lequel comporte le plus de risque, être frappé par une voiture ou par un vélo?
En écoutant ceux qui assistaient à la rencontre d'information sur le prolongement de la piste cyclable, j'ai eu l'impression que rien n'était pire qu'un jeune universitaire en vélo dévalant l'avenue Vincent-d'Indy à 25 ou 30 km/h.
Le Québec est devenu, entre autres grâce à Vélo-Québec et aux nombreuses associations locales pro-vélo, un chef de file dans la promotion de la bicyclette comme mode de transport actif. Bien que nous vivions toujours dans une ville créée d'abord pour la voiture et pour les automobilistes, plusieurs ont décidé de dire non à cette mainmise en tronquant la voiture pour le vélo. Ce n'est pas en considérant les cyclistes comme une nuisance et en prenant des mesures disciplinaires punitives que nous allons encourager ce mode de transport écologique et remercier ceux qui l'ont adopté.
(P.G.)
Nicolas Marchildon
Commentaire mis en ligne le 10 octobre 2009Merci, M. Gendreau, de prendre la défense des cyclistes. Je fais presque tous mes déplacements à vélo, et j'ai peine à croire qu'il existe encore des gens pour nous mettre des bâtons dans les roues. Appelez-moi, je vous accompagnerai à la prochaine rencontre :)