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François Bissonnette Remax
L'Express d'Outremont / Mont-Royal
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Voyager chez soi

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Article mis en ligne le 13 décembre 2006 à 13:00
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Voyager chez soi
Si vous n'aimez pas le Québec, quittez-le! Je veux paraphraser le «ministre de la police» en France, ce Sarkozy, maintenant candidat à la présidence contre Ségolène Royal. Ultimatum bien con à mon avis. On a le droit de détester son pays, d'adoption ou non.

Au temps de Duplessis, nous étions nombreux - heureusement - à détester le Québec. Ce sont des esprits libres qui firent basculer ce régime d'un écœurant conservatisme. Le «qu'ils retournent donc dans leur pays» était la niaise scie des poltrons xénophobes.

La liste serait longue de nos immigrants libéraux qui critiquaient volontiers nos arriérations des années 1940 et 1950. Ils furent d'utiles rouspéteurs, croyez-moi les jeunes.

Je lis du Richard Martineau inquiétant. «Il y a l'aéroport Trudeau grand ouvert pour ces râleurs.» Une dérive rare chez un bonhomme le plus souvent lucide. Ainsi, face à certaines exigences de nos «nouveaux venus», on est tenté de crier «stop»!

Et je favorise certainement l'intégration des immigrants, car il y a des cas d'exagération, mais il n'en reste pas moins vrai que - «toute civilisation étant mortelle» - face à des installations nouvelles, n'importe quel pays du monde y trouve de l'intérêt. Personne ne peut nier le plaisir de découvrir us et coutumes nouveaux. Tout le monde va reconnaître qu'il y a un réel plaisir à nous frotter à la découverte des «autres».

La vie vive favorise, autorise, les greffes variées. C'est la santé, certains mélanges heureux. Ces ajouts acceptés enrichissent souvent une société, une nation. Les esprits ouverts, normalement curieux, ne sont pas des frileux, Dieu merci!

C'est une peur détestable - ah! la peur des fragiles - que celle qui fait voir ces gens dédaigneux de la moindre nouvelle forme d'existence. Ces cris de mort à la sauce «ils n'ont qu'à faire comme nous autres» cachent bien souvent cette fermeture et, poussée au paroxysme, invite à la stagnation, même au recul parfois.

Pourtant, admettons-le, ces «venus d'ailleurs» nous apportent du neuf. Qui, ayant un peu d'âge, ne voudra admettre généreusement que Montréal, comme le reste du Québec, a profité avec plaisir d'enseignements bienvenus? Partout, aux mondes de la cuisine, du spectacle, des arts et des sciences en général, les exemples feraient une merveilleuse longue liste.

Je songe à nos Italiens de jadis dans mon quartier: mon père apprenait à faire son vin, à planter tomates et tabac dans la cour, ma mère à cuire autrement la poule au pot. Un Français, Buissonneau, venu de Paris, a semé ici un théâtre visuel différent qui fit croître de fameux jeunes «imagiers», les Robert Lepage et compagnie. Qui n'aime pas manger dans un resto exotique et y découvrir des plats inconnus?

Sommes-nous certains que, sans une curiosité normale et saine, tous nos jeunes exilés de jadis en «missions chrétiennes» en Chine ou ailleurs auraient pu construire cliniques, asiles, écoles et collèges? À l'autre bout du monde, Asie comme Afrique, des collectivités admettaient volontiers toutes ces installations venues de pays lointains, du Québec. La nature humaine est ainsi.

Certes, il y a le tourisme pour les bourgeois, si curieux des contrées éloignées, mais il y a pour le peuple, «sédentaires obligés», les rencontres multiples à faire ici, chez soi. Ces ouvriers, humbles travailleurs, n'ont pas les moyens de prendre l'avion pour l'Égypte ou pour la Thaïlande, mais ils savent d'instinct qu'ils feront des «voyages» étonnants en ne refusant pas les contacts avec tous ceux venus de pays aux antipodes.

J'ai vu, jeune, changer mon pays. J'ai vu les premiers carafons de vin s'amener, les terrasses extérieures, des films qui n'étaient plus seulement «made in Hollywood». Dès l'après-guerre, ce sera la venue excitante de produits, de coutumes inhabituelles, de manières de vivre nouvelles, et cela n'a plus cessé. Cela nous a fait évoluer dans bien des cas.

Il y a une néfaste tendance qui monte, à mon grand regret, des cris injustifiables d'un nationalisme étroit. Bien entendu, les abus de certains ghettoïstes d'ici stimulent.

Hélas! je sens aussi s'amener un vilain désir du «restons comme qu'on est», du «c'est à eux autres de s'adapter, on est chez nous», oui, qui montre une triste et rapetissante volonté à ne pas vouloir s'enrichir des apports des migrants.

J'ai voulu que l'on se souvienne que «l'autre» est souvent nécessaire, enrichissant. Que l'on constate mieux que «nos» partis, ailleurs, sont souvent acceptés.

Il n'y a qu'à songer à nos «prestigieux installés» à l'étranger, à Paris ou à Londres, à Las Vegas ou à New York, en Chine ou en Afrique. Ils y font florès et remportent d'énormes succès, artistes connus et tant d'entrepreneurs moins connus. La xénophobie est un cul-de-sac.

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