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La police déguisée

par Claude Jasmin
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Article mis en ligne le 4 avril 2007 à 16:56
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La police déguisée
Bizarre, on ne sait plus trop rien sur ces arrestations, à Toronto, de jeunes supposément islamistes dangereux. Il y a eu ces arrestations, très publicisées et puis… tout est silence. Louche? Oh oui! Et pas un seul journaliste pour faire du suivi. Médias paresseux? Oh oui!

Voici un nouveau cas flagrant de provocation policière: André Noël (journaliste de La Presse) raconte qu’un groupe de cinq garçons mineurs fut infiltré, étant soupçonné d’être de jeunes planificateurs d’attentats à la bombe.

On songe au policier de la SQ infiltré parmi les grévistes du Manoir Richelieu, qui fabriquait des bombes. Il y a eu bien d’autres cas, dont cet agent de la RCMP, Samson, avec sa bombe lors de la grève de Steinberg. Du temps du premier FLQ, il y eut ce triste sire, un certain Lanciault, un simple délateur ou un agent infiltré.

La liste pourrait facilement s’allonger. Il y a que la police de tous ordres a souvent grand besoin de justifier les frais énormes qu’elle entraîne.

Alors quoi? C’est le calme partout, bien, on va y voir. Organisons nous-mêmes les dangers avec des pseudos groupes en dangereux comploteurs, installés par la police elle-même. Pour ce faire, au lieu d’infiltrer on ne sait où, faisons donc ce sale ouvrage: faire naître artificiellement des jeunes comploteurs. Facile, tant de jeunes idéalistes révoltés — non sans raison souvent — se voyant impuissants tomberont dans ces panneaux, ces honteux traquenards policiers.

Aux USA et au Canada suiveur, depuis ce septembre noir des deux tours, l’on profile tout ce qui est araboïde, un racisme étatique navrant.

Alors, quel reporter nous donnera des nouvelles des 15 jeunes «islamistes dangereux» arrêtés à Toronto il n’y a pas si longtemps? En ce moment, sur Internet circulaient il y a peu des messages d’un nouveau FLQ. L’on guette la suite, mais qui peut nous assurer que cette machine terroriste n’est pas, une fois de plus, l’ouvrage des polices?

Un jour de 1980, après le premier référendum perdu, rencontrant par hasard un apprenti révolutionnaire, jeune cégépien qui ne savait pas ma révulsion pour le terrorisme futile en société démocratique, me confia être, avec quelques compagnons, en train de former une cellule armée clandestine. Je lui dis: «Jeune homme, prenez garde, il y a la police infiltrée, un jeune policier camouflé qui manœuvre votre projet.» Mon jeune révolté parut tout surpris et je n’entendis plus jamais parler de lui.

Vers 1947, jeunes collégiens surexcités sans cesse par la farouche haine antiduplessiste des adultes libéraux, enragés de constater leurs faiblesses en éternels rouspéteurs antidespotes, nous lisions de féroces attaques dans Le Devoir. Avec quelques camarades, nous parlions de monter à Québec avec, oui, un revolver. Romantisme de nos 15 ans! Un copain, fils de gendarme, en possédait un. Nous nous voyions, pauvres naïfs, en héros louangés, des justiciers promis à la gloire des libérateurs! Puis, réalité incontournable, vint le temps des examens, alors nous remettions cet ouvrage mortel à plus tard…

De tout temps, des jeunes gens généreux songent à gravement hypothéquer ainsi leur avenir. C’était bien avant les terrifiants très jeunes kamikazes en Palestine ou en Irak. Nous avions le plus grand respect, de l’admiration pour les terroristes. En Israël bafoué du temps de Begin-le-tueur, le terroriste de la cause sacrée. Ou du temps du valeureux Jean Moulin en sa fabuleuse résistance française aux occupants boches.

Le poète Rimbaud, presque un enfant, souhaitait tuer, arrivant tout feu tout flammes de ses tranquilles Ardennes et plongé volontairement dans la terrible guerre de la Commune, en 1871.

Savait-il bien que la police infiltrait partout ces révoltés de Paris, qu’ils étaient nombreux à se déguiser en révoltés?

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